Un dernier rêve

La police est là, je n’ai plus vraiment le choix, je dois partir. Quitter mon appartement où j’ai passé toutes ces années. Ma femme, mes enfants ont vécu ici, mais ils sont tous loin maintenant, il n’y a plus que moi. Je prends ma canne et ma petite valise, tout ce auquoi je tiens, est dedans. Les déménageurs ont emporté mes affaires, tout ce qu’il reste va être détruit.

Un pan de ma vie tombe en même temps que les murs de mon immeuble, je suis maintenant sans personne, sans logement. Je reste assis sur le trottoir en face des gravats de chez moi. Ma femme et moi nous avions toujours rêvé d’une petite maison dans la forêt, mais maintenant elle n’est plus là. Et c’est ma dernière chance.

J’habite provisoirement chez un ami, Louis, le temps de trouver la maison de mes rêves. Il a toujours été le plus énergique et optimiste d’entre nous, et en ce moment ça me fait du bien. On a fait le tour de l’Europe ensemble dans notre jeunesse, il n’avait jamais froid aux yeux.

Tous les jours, je regarde les annonces immobilières et prends le bus pour aller visiter ou quand c’est trop loin Louis m’amène avec sa voiture. Deux petits vieux en vadrouille !

Hier, j’ai trouvé une maison parfaite en bordure de la ville avec une forêt à côté. Tranquille et confortable, juste ce qu’il me faut maintenant. Il ne me reste qu’à acheter la maison.

– Rémi, nous avons un problème, me dit le jeune banquier.

– Un problème, quel genre de problème ? J’ai une retraite et de l’argent.

– Oui, mais pas assez, me répond-il. La maison que vous voulez est extrêmement chère pour vos revenus. Et à votre âge, je ne peux pas vous faire un prêt sur 30 ans, ce ne serait pas correct.

– Vous me dites que je suis trop vieux pour acheter une maison !

– Non, mais la maison doit être moins chère ou le prêt ne doit pas être uniquement sur vous.

– Merci jeune homme, mais je suis seul, il n’y a rien à faire.

Je rentre annoncer la mauvaise nouvelle à Louis, je vais devoir rester encore un peu chez lui. Mais quand j’arrive, les pompiers et l’ambulance sont là ! La fille de Louis vient vers moi.

– Vous êtes Georges ? me demande-t-elle.

– Que se passe-t-il ? Où est Louis ?

– Il est tombé, il vient de partir à l’hôpital.

– C’est grave ? Je peux aller le voir ?

– Je ne sais pas encore, mais je ne suis pas sûr qu’il puisse retourner vivre seul dans son appartement.

– Mais il n’est pas seul, je suis là, réponds-je.

– Ecoutez, je ne sais pas comment ça va se passer maintenant, mais il est possible que nous devions vendre la maison pour payer la maison de retraite, vous devriez penser à un autre endroit pour vivre.

 

Quand je vais voir Louis à l’hôpital deux jours plus tard, il a l’air bien et en pleine forme malgré son bras cassé.

– Georges enfin j’attendais ta visite ! Amène-moi un fauteuil on s’en va !

– Mais où ? Je ne peux pas acheter la maison ? réponds-je.

– On s’en fout ! Mais si on reste là, on est tous les deux bon pour la maison de retraite ! On n’a plus rien à perdre, on prend le camping-car et on part !

– Mais où ?

– Au bout du monde pour une dernière fois, me dit-il avec un grand sourire.

 

 

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Un espion particulier

Je suis devant la salle du centre pour personnes âgées, c’est la troisième fois cette semaine que je viens. Mais même jouer à la belote avec des vieux est maintenant plus intéressant que ma vie. Comment en suis-je arrivé là ? Mais après toutes ses années, je ne suis plus utile à personne. Je suis retraité et je m’occupe comme je peux… Au fond de la salle, une silhouette m’est familière, je mets mes lunettes, je n’en reviens pas. L’homme, c’est un espion chinois qui avait été capturé, mes collègues l’avaient amené à notre base. Mais que fait-il ici ? C’est-il sauvé ? S’il y avait quelque chose d’important, je l’aurais remarqué non ?

Aurais-je trouvé quelque chose de plus intéressant que les cartes ? Je suis peut-être encore dans le coup finalement.

Je discute avec lui, il a l’air méfiant, mais il n’a pas l’air de me reconnaître. Bien ! Dès qu’il part du club, je le suis discrètement avec ma voiture. La filature a toujours été un de mes points forts, c’est grisant de se retrouver là, à suivre chacun de ces mouvements à distance, à surveiller chaque virage. Je le suis jusqu’à une maison résidentielle.

Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre et observer, j’ai gardé du matériel dans ma voiture, ça va enfin m’être utile. Je passe toute la soirée à le regarder assis sur son fauteuil devant un feuilleton, c’est encore pire de regarder quelqu’un le faire que d’être actuellement comme ça chez moi. Je commence à somnoler quand il éteint enfin les lumières. Je surveille attentivement aux jumelles, mais rien, il est juste parti se coucher ! J’attendais mieux d’un espion chinois !

Je passe la nuit dans ma voiture, le lendemain je suis tout courbatu et épuisé, je le vois toujours chez lui à faire… Rien… Exactement comme moi, c’est la pire filature.

Le deuxième matin, je me réveille au moment où il ouvre sa porte. Il a une valise qu’il met dans son coffre de voiture, il va quelque part ! Il fait quelque chose ! La chasse est enfin repartie.

Je le suis au premier tournant puis au second, il s’engage ensuite sur l’autoroute, ma vielle fiat à du mal à suivre. Il y a du monde, il double une berline blanche devant, j’appuie à font l’accélérateur pour suivre, mais il a déjà zigzagué sur une autre voie, une fois, deux fois, trois fois, je l’ai perdu. Non, il est là, il sort de l’autoroute devant moi. Je prends la sortie à la dernière minute me faisant klaxonner par la voiture derrière, mais je suis là, je le tiens, s’il n’y avait pas tous ces fichus ronds-points. Je ne le vois plus. Je l’ai perdu… J’erre dans les rues tournant d’une rue à l’autre dans l’espoir de le retrouver, mais rien, il partait faire quelque chose d’intéressant et je l’ai perdu. Je n’ai plus rien à faire maintenant…

Où pouvait-il aller avec sa valise ? Je me dirige vers l’aéroport sans trop d’espoir, mais c’est le meilleur choix. Peut-être puis-je le rattraper avant qu’il quitte le pays.

Il est là, à la sécurité, je crie :

– Ne le laissez pas passer, il ne doit pas quitter le pays !

Il se retourne, interloqué, et viens vers moi.

– C’est vous qui me suivez ?

– Oui, vous ne vous sauvez pas ?

– Si vous n’êtes pas là pour me tuer, non.

Le pauvre homme est en fait un agent double à la retraite, ce qui n’empêche pas ses ex-collègues de vouloir le tuer.

C’est beaucoup plus excitant que les cartes… Je crois que finalement, je vais rester avec lui un peu plus longtemps…

Un flic reste un flic

Je repose mon verre quand on sonne à la porte.

« Henri, mon vieux, dit le commissaire en entrant, je suis inquiet pour toi. » Il regarde mon verre avec insistance.

« J’ai un travail à finir commissaire, réponds-je.

– Écoute, j’ai déjà dû te retirer ton arme et ta plaque, tu ne peux pas continuer comme ça, tu as besoin d’aide. »

Deux infirmiers entrent dans la pièce, je les regarde désespéré.

« C’est pour ton bien Henri, continue le commissaire.

– Mais, et le meurtrier ? Je suis proche, protesté-je.

– Nous nous en occuperons, repose-toi. » Dit-il las pendant que les infirmiers me traînent vers la porte.

Il ne fera rien pour Helena, personne ne le ferra à part moi. Les puissants s’en sortent toujours.

 

Je suis à l’hospice depuis une semaine, la vie ici est déprimante. Ils m’ont coupé tout approvisionnement d’alcool, mais j’ai pu garder mon briquet et mes cigarettes, un maigre réconfort. Ce qui me ronge c’est de savoir que le meurtrier de ma petite fille est toujours là dehors, je ne peux pas rester ici.

J’ai fait semblant de prendre mes médicaments, comme ça je ne m’endormirais pas comme une pierre en début d’après-midi. Je me teins les cheveux dans ma salle de bain avec un mélange de ce que j’ai pu me procurer. Puis, je mets mes habits les plus modernes et une casquette.

Je m’approche de l’ascenseur d’où partent d’autres visiteurs et entame une discussion avec eux. Au milieu d’eux, je sors ni vu ni connu, il leur faudra au moins deux heures pour s’apercevoir que je ne suis pas en train de faire la sieste.

Je rejoins à pied la gare où j’avais planqué des affaires au cas où. Mon flair ne m’avait pas trahi, j’ai maintenant de l’argent pour quelques jours, je n’ai plus qu’à me faire discret et continuer mon enquête. Je dois être prudent, mes anciens collègues vont me rechercher. Je marche dans les quartiers louches à la recherche de l’ancienne colloque d’Helena, son immeuble est là, mais soudain une voiture noire s’arrête brusquement entre moi et le bâtiment, la police !

Je prends tranquillement la première perpendiculaire, deux mecs sortent de la voiture et courent vers moi. Je ne cours pas longtemps avant qu’ils ne m’attrapent et me tirent dans la voiture. Ce ne sont pas des policiers. Sûrement les dealers que je cherchais. Personne ne sait que je suis là, ils ont déjà tué Helena pour avoir découvert quelque chose, je me demande même pourquoi ils se donnent la peine de m’emmener.

Je suis assis en face de lui, entre deux gorilles. Il a beau être un homme influent en ville, pour moi il ne sera jamais qu’un dealer et un assassin. Si je suis vivant, c’est juste car il est curieux, ils peuvent me faire ce qu’ils veulent, je ne parlerais pas.

«  Qui es-tu ?

– Pourquoi me cherches-tu alors que l’enquête est classée ?

– Que savent tes collègues ?

– Est-ce à cause de la fille que j’ai fait tuer ?

– C’était ma petite fille, réponds-je sourdement. »

Il me regarde de son sourire triomphant. Je connais la vérité maintenant, mais je vais mourir pour ça, le pistolet monte en direction de ma tête.

La porte vole en éclats et mes collègues entrent en trombe.

«  Pourquoi ? Comment ?

– Comme si tu allais rester à l’hospice sagement, ironise le commissaire. Je t’ai juste donné le cadeau de départ parfait. »

Je regarde mon briquet, l’inscription prend tout son sens : « Tes collègues qui seront toujours là pour toi ». Un mouchard ! Nous les avions coincés !

Solitaire

Mon radeau est prêt pour la traversée, c’est dangereux, mais je dois partir si je ne veux pas mourir seule ici. La mer a l’air calme. Des gens ont peut-être survécu sur le continent alors que sur mon île, je n’ai vu personne depuis des années. Les bombardements ont tout rendu méconnaissable, j’ai été épargnée, car j’étais en mission seule dans le Nord de l’île, mais toutes les villes du Sud sont vide et en ruine. Je suis la dernière femme de mon pays et je suis prête à tout tenter, pour ne pas être la dernière femme sur Terre.

La traversée est éprouvante mais la terre est maintenant en vue, j’ai passé cinq jours sur mon radeau et n’ai plus ni eau, ni nourriture.  Au loin se dessinent des immeubles dans la brume qui assombrit le ciel, j’arrive près d’une ville, la chance me sourit peut-être enfin. Moi qui aimais être seule, je ne le supporte plus, j’ai survécu, mais j’ai perdu tous ceux que je connaissais. Il me faut deux jours de marche pour atteindre la ville, je suis pleine d’espoir cela fait sept ans que je n’ai vu personne. Il y a du mouvement au-dessus d’un immeuble, mon cœur saute de joie et je cours.

Mais une fois les premières maisons passées, le malaise commence, tout est vide, décrépis. J’appelle désespérément au milieu des gratte-ciel vide, tout est détruit ici aussi, personne. Seule. Au milieu de la ville, c’est encore pire, toute cette vie presque tangible anéantie, détruite. Les seuls mouvements sont ceux des drapeaux et des éoliennes qui grincent dans le vent.

Je passe la nuit dans ce qui devait être un salon de thé, j’ai trouvé des choses à manger et un abri pour la nuit. C’est triste de voir tous ces lieux un jour plein de vie, désespérément vide.

Le matin est tout aussi déprimant, mais je ne peux pas abandonner maintenant et marche dans la ville. Une grande explosion au loin me fait sursauter et des geysers de feu apparaissent, il ne manquait plus que cela, un volcan en éruption !

Je cours le plus vite que je peux dans la direction opposée, entre les carcasses de voitures abandonnées sur la route. Le feu a gagné les premiers immeubles, certains s’effondrent avec fracas. De la lave arrive au loin et avance beaucoup plus vite que moi, je ne m’en sortirai pas comme ça. Je cours vers un grand gratte-ciel en béton, il a l’air solide et je grimpe les escaliers à perdre haleine. Le temps que j’atteigne le sommet, les rues ne sont plus que des rivières éblouissantes. Je suis encerclée, pourvu que ma tour tienne. Des rochers énormes sont projetés du volcan, le bâtiment d’à côté s’effondre manquant d’un mètre mon abri. C’est la fin, je suis la suivante.

Mon gratte-ciel a tenu bon, je suis entourée de lave refroidissante, la moitié de la ville est détruite par la lave ou les projectiles du volcan. Un bourdonnement monte dans le ciel, un hélicoptère !

Un homme descend, le premier que je vois en sept ans ! Je ne pensais pas que je serais un jour contente de voir quelqu’un à ce point.

– Madame que faites vous ici, la zone est interdite depuis la première éruption !

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Le cadeau de la nature

Notre deuxième jour dans cet enfer vert, les insectes, la saleté et les animaux sauvages. Mais il me fallait trouver la beauté absolue. Le seul but de ma vie avait toujours été la beauté, après des années sur les podiums, je ne pouvais plus m’en passer. Je l’avais vu sur une photo, une magnifique fleur blanche et j’avais su que je devrais la trouver quoiqu’il en coûte, c’est pourquoi je suis dans la jungle, sans eau courante, sans électricité, l’horreur.

Mes guides me montrent le chemin entre les arbres de là où la première fleur a été vue. Je suis couverte de boue et de piqûres de moustique, je n’aurais jamais cru qu’un endroit aussi beau serait aussi difficile. Mon guide s’arrête soudain devant moi et tend le bras. Une énorme fleur blanche est devant nous entre les lianes et les fougères, elle est si belle. Je m’approche doucement.

Mais soudain, les feuilles s’agitent et un singe bondi sur la fleur et l’arrache. Je le regarde impuissante monter dans un arbre avec. Les cris de mes guides n’ont pas plus d’effets. Ma fleur est là, si belle dans la main du singe roux. Et… Il la mange… Ma fleur. Comment vais-je trouver ma fleur si les singes la mangent.

Mes guides m’assurent que la forêt est grande et qu’ils vont en trouver d’autres à l’Est. Nous suivons donc la direction indiquée scrutant le vert pour trouver l’éclat blanc de ma fleur.

La couleur des arbres change à fur et à mesure que nous avançons et nous nous trouvons soudain à la lisière de la forêt. Devant nous s’étendent les ruines fumantes de ce qui avait été la forêt, les arbres ont été coupés, les fougères et plantes brûlées. Tout n’est que tristesse et désolation. Un pan de forêt complètement détruit, celui où se trouvait ma fleur et je les vois au loin continuer à tronçonner et à détruire le sanctuaire de la fleur parfaite.

Cela fait maintenant cinq ans que j’ai découvert que nous étions responsables de la destruction de la beauté sur Terre. Je lutte depuis activement pour protéger la nature, et devinez quoi ? Les singes, en mangeant les fleurs, disséminent les graines. Ma fleur a repoussé dans toutes les parties de forêt que j’ai protégée. La nature récompense ceux qui l’aident.

Le courage de partir

Nous nous glissons dans le port, il fait nuit, mes deux enfants me suivent avec leurs sacs à dos. Je trouve rapidement notre voilier, nous devons partir au plus vite. Je monte la voile et nous sortons lentement du port.

Une voiture arrive en trombe défonçant le grillage du port.
« Je ne te laisserais pas amener mes enfants, jamais ! » crie mon ex-mari depuis la jetée.
Mais la mer est devant nous maintenant nous quittons cette vie, les clients stupides du restaurant, la délinquance, c’est un nouveau départ.

Les vagues sont énormes, nous devons nous éloigner des côtes au plus vite. Ce n’était pas le bon jour pour partir, mais nous n’avions plus le choix. La mer est déchainée, j’envoie les enfants se mettre à l’abri et me prépare à affronter la tempête. Les vagues sont effrayantes, le bateau est difficile à manœuvrer, mais je dois garder un maximum de voiles pour m’éloigner du port.

Au large, la houle nous ballotte dans tous les sens, le vent est trop fort… La voile se déchire et le rêve avec, nous n’irons plus très loin comme ça, avec une voile déchirée. La traversée et notre nouvelle vie sur le bateau est compromise, il nous faut réparer d’abord et retarder notre départ.

Le matin, la tempête est calmée, nous rejoignons tant bien que mal un petit port, nous ne sommes pas loin de notre point de départ, mais il faut recoudre la voile. Je trouve heureusement un navigateur amateur sur le port qui accepte gentiment de m’aider et en quelques heures la voile est réparée. J’ai le cœur léger en rentrant au bateau, nous allons pouvoir repartir.

Mais quelque chose ne va pas, je vois ma petite fille en pleurs dans la voiture, comment a-t-il pu nous retrouver si vite. La voiture démarre à vive allure, mon ex-mari au volant, mon fils à côté de lui.
« Je suis désolé maman, je ne pouvais pas… » , lis-je sur ses lèvres. La voiture traverse le port et je me retrouve seule sur la jetée avec ma voile. Il m’a pris mes enfants.

Mais la voiture s’arrête au portail. Mon sauveur de tout à l’heure a arrêté la voiture.

Avec mes papiers justifiant la garde des enfants, mon ex-mari repart bredouille, mon nouvel ami est policier, il est intervenu juste à temps. J’ai pu partir grâce à lui, sauver ma famille. Et si je reviens, ce sera pour lui…

Au final avoir le courage de partir était le plus dur.

Un ami inattendu

English

Je suis caché dans ma grotte, mes écailles contre les parois, j’entends Matt qui arrive.
« Tu ne dois pas sortir, l’armée est dans la plaine, nous devons attendre. »
Matt était un bon humain, il m’avait trouvé par accident et une fois sa terreur passée, avait décidé de m’aider à fuir pacifiquement avec ma famille. Cette planète était vraiment devenue inhabitable pour nous, nous n’étions plus qu’une légende ou un monstre à abattre pour les humains.

Un son aigu me vrille soudain les tympans, quelle monstruosité ont-ils encore inventé. Je me tords de douleur, Matt n’a pas l’air affecté :
« Que t’arrive-t-il, tu as mal ?
– Ce bruit ! C’est horrible ! » répondis-je.
J’entends les griffes de mes congénères gratter contre la pierre, ils l’entendent aussi.
Le sol tremble, ils vont déclencher l’apocalypse s’ils les réveillent.
« Que vont-ils encore faire pour nous torturer ?
– Je monte voir, restez ici sans faire de bruit, je vais les arrêter.»
J’attendais Matt, en silence dans la douleur, lorsque le bruit s’arrêta, aussi soudainement qu’il avait commencé.

Matt arriva en courant :
« Ils ont une machine à ultrason pour vous chercher, je les ai arrêtés pour l’instant, en inventant une histoire d’espèce protégée. Mais c’est l’armée, ça ne les arrêtera pas longtemps. Vous devez partir d’ici au plus vite.»
En effet, quelques heures plus tard, l’affreux son recommença, il ne fallait pas bouger, pas qu’ils nous repèrent, ou nous étions morts. J’entends mon frère dans la galerie parallèle, il gratte et gronde.
« Reste tranquille, lui dis-je, Matt est parti les arrêter.
– On ne va pas laisser cet humain tout diriger. Nous sommes puissants et craints des humains.
– C’était avant, ils ont changé, ne fais pas de bêtises et attend.»
Je l’entends onduler dans les couloirs, pourvu qu’il m’écoute.

Un grand hurlement de rage retentit au-dessus de moi ! Oh non ! Il est sorti, ils savent que nous sommes là maintenant. J’entends le crépitement des flammes, mon frère n’a jamais su se contrôler, il aime tout détruire. Mais la violence appelle la violence. Des explosions font trembler les parois de la grotte, suivies d’un énorme choc, les explosions et les cris de douleur de mon frère se mélangent. Puis, c’est le silence.
Ils savent que nous sommes là et nous pensent hostiles, nous n’allons plus pouvoir éviter le conflit, tellement vont mourir.

Un bourdonnement sourd monte, ça commence, ils les ont réveillés. Les guêpes géantes vont sortir et massacrer tout le monde. Matt est terrorisé devant moi, les humains ne font pas le poids face à ce terrible ennemi. Nous seul pouvons les arrêter, dragon contre guêpe, comme il en a toujours été.

Je prends mon envol avec mes frères sous l’œil émerveillés des humains, nous chassons ces guêpes maudites comme nous l’avons fait pendant des siècles et gagnons notre liberté dans ce monde.

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Sans le son

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Je mets mes robes dans mon sac à dos et sort par la fenêtre de ma chambre. J’espère que je ne fais pas trop de bruit, je dois partir avant que mon père ne s’en aperçoive. Tom m’attend au bout de la rue avec sa vielle camionnette. Je lui signe qu’il doit m’amener en ville. Le flyer dit que le concours de beauté est ce soir, c’est ma chance de partir du village.

Je suis enfin là, au milieu des autres filles, avec ma belle robe, je suis contente, ils m’ont autorisé à participer, ils m’ont laissé une chance. Nous devons répéter tout l’après-midi, pour que ce soit parfait ce soir. Les filles tournent, je ne les ai pas vues, je cours derrière avec mes talons, je dois regarder partout autour de moi, capter leurs moindres mouvements, pour ne pas les perdre. Faire comme les autres, même si je n’entends ni la musique, ni les instructions.

Soudain, l’homme en gris devant s’énerve, il doit crier, tout le monde me regarde. Je le regarde incrédule, il fait de grands gestes incompréhensibles, ma voisine me fait signe d’avancer. Je me lance et marche jusqu’au bout du podium, l’homme s’énerve toujours, je lui fait signe que je n’entends pas. Il est rouge de colère maintenant et hurle sur son assistante, il m’amène en coulisse et me fait signe de rester là, son assistante le suit en courant. Dois-je juste attendre ou m’a-t-il renvoyée.

Je n’ose plus bouger. C’est terrible, je suis perdue ici. Je regarde entre les rideaux ce qui se passe et mon sang se glace, mon père est là, furieux à crier sur le l’homme du défilé, il tient Tom par le col et le tire derrière lui. Il m’a retrouvé, il va me ramener à la maison maintenant, tout est perdu. Je ne serais pas élue, je ne sortirais plus jamais du village. Je me cache dans l’ombre des coulisses pour retarder le moment où il va me trouver. Sa colère va être terrible, je n’ose y penser.

Lorsque l’on me pose la couronne sur la tête, ce soir-là, je suis heureuse, je n’ai pas compris tout ce qui s’est passé. Mon père m’a expliqué la chorégraphie, a traduit au public ce que je signais très ému. Il a changé d’avis, car l’homme en gris trouvait génial que j’étais sourde, j’étais spéciale, j’avais un avenir.

Un comptable dans la jungle

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Je me réveille dans mon costume froissé, un jeune aborigène me tend un bol. Prendre un poste en Amérique du Sud semblait une bonne idée, mais après le naufrage, je m’étais retrouvé ici perdu, incapable de retrouver la civilisation. Tout ce qu’il me reste, ce sont des livres de comptes inutiles que mon jeune ami a sorti de l’eau en même temps que moi.
« Moi partir, dis-je à mon compagnon un matin de plus.
– Partir, me répond-il. »
Il me fait signe de venir, il a deux sacs et met mes affaires dans un avant de s’enfoncer dans la jungle. Je le suis hésitant, nous partons sans un mot.

Nous marchons ensemble jusqu’à la rivière où nous attend un canoë. Il me fait signe de monter et nous partons, peut être va-t-il me ramener à la civilisation. La progression est lente et périlleuse, nous risquons de heurter les troncs flottants et de chavirer, mais mon guide les évite avec dextérité. Il me crie soudain quelque chose que je ne comprends pas, un gros tronc est devant le canoë et nous fonce dessus malgré le grand coup de pagaie. Ce n’est que lorsqu’il ouvre grand sa gueule que je me rends compte. Un crocodile ! Nous sommes à quelques mètres de la berge, mon compagnon saute et je le suis d’instinct. Je me réceptionne dans la boue et remonte le plus vite possible sur la terre ferme pour voir le crocodile mettre le canoë et nos sacs en pièces. Au moins, nous sommes encore en vie, mais nous allons devoir continuer à pieds.

Ma maison me manque, ma vie tranquille et prévisible aussi. Pourquoi ai-je tout voulu quitter. L’ennui me semble une bénédiction maintenant que nous marchons dans la jungle, mes habits collés de boue. Mon ami est nerveux, ce n’est pas son habitude, peut-il y avoir des tigres ?

Au détour d’un chemin, il s’arrête net, deux aborigènes sont là avec des lances, je n’ose bouger. Ils nous poussent sur le chemin, mon compagnon semble inquiet. Arrivé au village, ils nous séparent, mon ami me lance un dernier regard alors qu’ils l’emmènent. Je me retrouve enfermé dans une hutte minuscule, je ne peux rien voir à part un tas d’ossement étrangement familier au milieu de la pièce.
Que vont-ils nous faire, j’aurais tout donné pour ne pas être parti de ma cabane ce matin.

Un groupe entre dans ma hutte, mon ami est avec eux et un vieil homme me tend des sortes de contrats imprimés.
« Toi, aider nous, échange, me dit-il avec un grand sourire. »
C’est comme ça que je suis devenu négociateur commercial pour des tribus amazoniennes et veille sur leurs intérêts. Une vie exceptionnelle m’attendait juste au détour du chemin, il me fallait juste le courage d’y aller.