Un espion particulier

Je suis devant la salle du centre pour personnes âgées, c’est la troisième fois cette semaine que je viens. Mais même jouer à la belote avec des vieux est maintenant plus intéressant que ma vie. Comment en suis-je arrivé là ? Mais après toutes ses années, je ne suis plus utile à personne. Je suis retraité et je m’occupe comme je peux… Au fond de la salle, une silhouette m’est familière, je mets mes lunettes, je n’en reviens pas. L’homme, c’est un espion chinois qui avait été capturé, mes collègues l’avaient amené à notre base. Mais que fait-il ici ? C’est-il sauvé ? S’il y avait quelque chose d’important, je l’aurais remarqué non ?

Aurais-je trouvé quelque chose de plus intéressant que les cartes ? Je suis peut-être encore dans le coup finalement.

Je discute avec lui, il a l’air méfiant, mais il n’a pas l’air de me reconnaître. Bien ! Dès qu’il part du club, je le suis discrètement avec ma voiture. La filature a toujours été un de mes points forts, c’est grisant de se retrouver là, à suivre chacun de ces mouvements à distance, à surveiller chaque virage. Je le suis jusqu’à une maison résidentielle.

Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre et observer, j’ai gardé du matériel dans ma voiture, ça va enfin m’être utile. Je passe toute la soirée à le regarder assis sur son fauteuil devant un feuilleton, c’est encore pire de regarder quelqu’un le faire que d’être actuellement comme ça chez moi. Je commence à somnoler quand il éteint enfin les lumières. Je surveille attentivement aux jumelles, mais rien, il est juste parti se coucher ! J’attendais mieux d’un espion chinois !

Je passe la nuit dans ma voiture, le lendemain je suis tout courbatu et épuisé, je le vois toujours chez lui à faire… Rien… Exactement comme moi, c’est la pire filature.

Le deuxième matin, je me réveille au moment où il ouvre sa porte. Il a une valise qu’il met dans son coffre de voiture, il va quelque part ! Il fait quelque chose ! La chasse est enfin repartie.

Je le suis au premier tournant puis au second, il s’engage ensuite sur l’autoroute, ma vielle fiat à du mal à suivre. Il y a du monde, il double une berline blanche devant, j’appuie à font l’accélérateur pour suivre, mais il a déjà zigzagué sur une autre voie, une fois, deux fois, trois fois, je l’ai perdu. Non, il est là, il sort de l’autoroute devant moi. Je prends la sortie à la dernière minute me faisant klaxonner par la voiture derrière, mais je suis là, je le tiens, s’il n’y avait pas tous ces fichus ronds-points. Je ne le vois plus. Je l’ai perdu… J’erre dans les rues tournant d’une rue à l’autre dans l’espoir de le retrouver, mais rien, il partait faire quelque chose d’intéressant et je l’ai perdu. Je n’ai plus rien à faire maintenant…

Où pouvait-il aller avec sa valise ? Je me dirige vers l’aéroport sans trop d’espoir, mais c’est le meilleur choix. Peut-être puis-je le rattraper avant qu’il quitte le pays.

Il est là, à la sécurité, je crie :

– Ne le laissez pas passer, il ne doit pas quitter le pays !

Il se retourne, interloqué, et viens vers moi.

– C’est vous qui me suivez ?

– Oui, vous ne vous sauvez pas ?

– Si vous n’êtes pas là pour me tuer, non.

Le pauvre homme est en fait un agent double à la retraite, ce qui n’empêche pas ses ex-collègues de vouloir le tuer.

C’est beaucoup plus excitant que les cartes… Je crois que finalement, je vais rester avec lui un peu plus longtemps…